L’équitation

Vivre de sa passion c’est décider que loisir et travail ne font qu’un. Dans quelles mesures cela est-il souhaitable ?

Je connais bien le milieu équestre professionnel, j’y baigne depuis longtemps et c’est pourquoi c’est celui que je vais prendre comme exemple. En ce moment, en France particulièrement, les structures équestres se plaignent de ne pas trouver d’employés ou de petites mains motivés. Cela soulève deux principales questions :

  • Que recherchent les employés dans ce milieu ?
  • Que recherchent les employeurs ?

Travail-passion, ce secteur est depuis plusieurs années en expansion. Autrefois réservée à une élite, la pratique de l’équitation s’est démocratisée et a laissé place à une génération de cavaliers et hommes d’affaires partis de presque rien pour en faire un réel business. Démocratisation pourtant éphémère et aujourd’hui rattrapée par un système de compétition ne laissant pas la place aux jeunes talents.

J’ai identifié plusieurs problématiques. La première est une qualité : l’équitation est un sport qui peut se pratiquer à haut niveau à tout âge. Il suffit de regarder l’âge des cavaliers dans le top 100 mondial. Il n’est pas rare de voir les mêmes têtes sur des dizaines d’années. La deuxième est un fait : l’entretien d’une écurie de sport de haut niveau coûte cher et prend du temps. Un double sacrifice qui élimine une bonne partie des jeunes talents laissant alors la place aux héritiers et aux familles de cavaliers faisant déjà parti du système.

Face à ce constat, beaucoup décident de se spécialiser dans la formation de jeunes chevaux. Lorsqu’ils sont bons, ces derniers sont vendus avant d’atteindre le haut niveau et permettent de maintenir un équilibre économique déjà fragile. Les bons chevaux se retrouvent donc souvent à l’étranger, avec un propriétaire dont c’est le loisir et un cavalier déjà présent sur les terrains de concours de haut niveau.

Ceci a pour conséquence deux problématiques : une frustration grandissante des professionnels du secteur et un manque de moyens financiers. Laissant place à une compétition drastique et à des codes que j’appelle « pirates » où chacun cherche à tirer son épingle du jeu sans se préoccuper de l’autre.

Face au manque de moyens financiers pour la bonne pratique de ce sport, l’économie se fait sur la main d’œuvre. Le principe de l’offre et la demande a depuis des années été en faveur des employeurs. Lorsqu’il y a beaucoup de demande, il est facile de remplacer un employé et donc il n’y a aucune raison de le fidéliser en augmentant les salaires avec l’ancienneté. Mais la demande dans le milieu équestre est liée à une image idéalisée aujourd’hui devenue obsolète. Une fois confronté au manque de perspectives, beaucoup se reconvertissent.

« Que vous soyez cavalier ou non, il existe des métiers variés pour travailler aux côtés des chevaux. Mais soyez conscient que la plupart sont physiques, généralement assez mal payés et que vous ne compterez pas vos heures. D’ailleurs, près de 75% des professionnels du secteur ont moins de 35 ans et le turnover est important. » Constat du CIDJ (13-06-2018) sur les métiers dans le secteur équestre.

Face à cette réalité, la tendance s’inverse peu à peu laissant les employeurs dans une situation inconfortable et surtout dans l’incompréhension. Pourquoi, lorsqu’il y a quelques années il était facile de trouver de la main d’œuvre, cela relève aujourd’hui de l’exploit ?

Tout ceci est le résultat de l’inflation auquel s’ajoute un désengouement général autour d’une idéalisation qui s’essouffle: et finalement pourquoi ne pas séparer travail et loisir ?

Une chose en amenant une autre, beaucoup se dirigent vers les métiers transversaux : maréchalerie, ostéopathie, dentiste etc. où il y a finalement plus de candidats que de travail. D’autant plus que les entreprises privilégient les apprentis et les autres sont donc contraints de s’installer à leur compte.

Confondre travail et loisir n’a d’intérêt que si le secteur est porteur. Autrement, mieux vaut ne pas compter sur son loisir pour gagner de l’argent mais essayer plutôt de ne pas en perdre. Alors l’équitation est-elle vouée à rester un sport élitiste ?

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