La justice céleste

Paris. Bus 89.

Je m’installe au fond du bus, au milieu de l’allée. De part et d’autre les fenêtres me laissent entrevoir le Panthéon puis le Luxembourg. Et devant moi : le couloir du bus. Une inspiration sans fin. J’y vois défiler les passagers à tour de rôle. Des gens de tous genres, tous types et tous styles. Allant et venant au rythme des arrêts orchestrés par le conducteur, presqu’à la manière d’un défilé Chanel.

Je trouve tout le monde beau. Je m’étonne de la diversité des corps et des visages. C’est fascinant quand on y pense. Je vois des visages particulièrement disharmonieux au milieu d’autres dont les traits semblent être dessinés avec des proportions parfaites. Je me demande si certains se regardent dans la glace avant de sortir de chez eux. Cette diversité est belle. Cette spontanéité est fascinante. Il y en a certains qui ne décrochent pas la tête de leur téléphone. D’autres qui regardent leur pieds. Peu observent. Moi, j’observe. Et quand j’observe ce spectacle de la vie, je me sens reconnaissante. J’ai la sensation d’être exactement à ma place. Je me sens reconnaissante envers ce monde qui m’apprend en permanence.

Trinquons à cette vie si incertaine. A sa fragilité qui la rend d’autant plus précieuse. A tous ces gens qui se prennent au jeu, comme si la mort n’existait pas et qui me donnent l’impression que je suis immortelle. A ces occasions ratées. Aux projets avortés laissant place à d’autres aventures. Aux projets réussis laissant croire en une justice céleste. Aux jolies rencontres, brèves et fortes, laissant imaginer un futur si doux mais qui n’existera pas. A cette confiance si difficile à obtenir puis si fragile à maintenir. Aux amitiés qui l’accompagne. A mes proches qui restent auprès de moi malgré le temps et les différences. A ce qui nous unit, qui semble plus fort que tout. A ma ville qui m’a vue grandir, qui m’a élevée. Dans laquelle à chaque fois que je reviens j’ai les larmes aux yeux.

La vie est un jeu. Chacun y applique ses règles mais la sentence est la même. A tous ces gens, noyés dans leurs problèmes, qui ont une revanche à prendre. Je vous souhaite bien du courage. Votre combat n’est pas le mien.

Je sors au prochain arrêt. Un monsieur est sur mon passage, il ne veut pas se pousser : « On n’est pas encore à l’arrêt ». J’attends, coincée entre mon siège et le monsieur, me demandant si je vais rester coincée là pour le restant de mes jours. Finalement, à l’arrêt il se tourne vers moi et me lance : « C’est bon, vous pouvez y aller ». « Merci monsieur », lui dis-je et m’en suis allée.

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